Bref historique du Bridge


(Bottom)

Le bridge actuel a pour lointain ancêtre le whist, apparu en Angleterre au début du xvie siècle. Ce jeu devient très populaire, à partir de 1750, avec les règles suivantes :

Les enchères, la notion et le principe, nous viennent sans doute d'Orient. L'origine du mot « bridge » lui même a donné lieu à de nombreuses controverses. L'une des hypothèses les plus sérieuses le fait dériver du russe : deux jeux de cartes russes, le « vint » et le « yerelash », utilisaient le mot « biritch » pour désigner le Sans-Atout. Le vocable, contracté par le turc en « britch », aurait été employé par des Anglais, en poste à Constantinople au xixe siècle, jouant au whist.

Le souvenir du pont traversé chaque jour par ces mêmes Anglais pour se rendre de l'Ambassade au café Le Khédive pratiquer leur jeu favori est une explication plus anecdotique. Il n'est, en revanche, peut-être pas indifférent de se rappeler que, dans l'Antiquité, la mer Noire s'appelait le Pont-Euxin (Euxeinos Pontos en grec et Pontus Euxinus en latin), que sa côte sud-est, le nord-nord-est de l'Anatolie ancienne, s'appelait le Pont (la chaîne pontique et sa côte avec la mer Noire), qu'il y eut un royaume du Pont (dynastie des Mithridate, rois du Pont ; campagne de César contre Pharnace, roi du Pont) et qu'au temps de Dioclétien (284-305), la Préfecture d'Orient comptait un grand Diocèse du Pont (sauf le Diocèse d'Asie, la côte ouest, toute l'Asie Mineure, dont la Galatie ; avec Nicomédie comme capitale, où résidait l'auguste Dioclétien) qui subsistera jusqu'aux invasions barbares. Rappelons-nous encore de Marcion du Pont. Ou Diogène, né à Héraclée ou Sinope, deux célèbres cités du Pont. Et enfin Luc, dans Actes 2,9 et 18,2, qui mentionne « le Pont » et « ...originaire du Pont... » ; et 1 Pierre 1,1 : « à ceux qui sont étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie... » ; Paul n'écrit qu'aux Galates.

Or Constantinople se situe justement, à la fin du xixe siècle, dans la province du Pont !

Quoi qu'il en soit, c'est bien à Constantinople que la forme archaïque du bridge fait son apparition, vers 1850. Il s'agit d'un whist où le donneur (ou son partenaire s'il passe ; un peu comme au schieber ; d'où l'explication anglaise du mot : « jeter un pont ») a le droit de choisir l'atout (donc y compris le biritch, le Sans-Atout ! un peu comme à la belote). Le partenaire de celui qui choisit est le mort (caractéristique du bridge) et l'on peut contrer, surcontrer, sur-surcontrer, etc.

Ce jeu se développe dans les cercles de diplomates européens. Il serait arrivé en France dans les années 1880, par la Méditerranée d'abord, sur la Côte d'Azur, puis à Paris et passé quelques années plus tard en Angleterre et aux Etats-Unis, vers 1890, où il supplante rapidement le whist. La première compétition de bridge est organisée à New York en 1893 et le premier code de bridge rédigé au Whist Club de New-York en 1897.

Vers 1890 l'on hiérarchise les couleurs d'atout en donnant un nombre variable de points à chaque pli : 2 si Pique est atout, 4 pour Trèfle, 6 pour Carreau, 8 pour Cœur et 12 pour Sans-Atout, la manche étant à 30 points (observez : neuf levées font une manche d'un coup à Sans-Atout, dix à Cœur et onze à Carreau, mais une manche d'un coup n'est pas possible lorsque Trèfle ou Pique sont atout ; sans doute l'atout choisi sans jeu, pour éviter que le flanc ne réalise une manche d'un coup !)

Les règles du nouveau jeu se transforment : c'est en 1904, en Inde selon la tradition, qu'un groupe d'officiers britanniques invente les « enchères » (un peu comme le sidi, ou la belote bridgée).

« Bridge-opposition »

Le bridge-opposition apparaît en France. Le camp du donneur n'est plus seul à fixer l'atout. Un joueur du camp adverse peut dire « J'oppose » : il engage son camp à faire huit levées, avec un atout qu'il fixera. Le camp adverse peut alors sur-opposer, en s'engageant à réaliser neuf levées. Et ainsi de suite jusqu'à ce que l'un des camps se déclare « satisfait ».

« Auction-bridge »

L'auction-bridge rangera ensuite les déclarations par ordre croissant, en associant un niveau à une couleur, en fonction des points attribués, par levée, aux couleurs comme vu plus haut : par levée, 2 points à Pique, 4 à Trèfle, 6 à Carreau, 8 à Coeur et 12 à Sans-atout. Le contrat de 1C vaut ainsi 8 points, alors que celui de 3P n'en vaut que 6 ; il est donc possible d'annoncer 1C sur 3P.

Ce procédé va rapidement céder la place à celui, plus naturel, consistant à ranger les contrats d'abord selon leur niveau, puis selon une hiérarchie des couleurs. Dans le même mouvement, les Piques prendront la place qui est désormais la leur, devant les autres couleurs. Cette fois, les règles des enchères ont atteint leur point d'équilibre. Ce sont celles que nous connaissons aujourd'hui.

L'« auction bridge » (bridge aux enchères) croît très vite en popularité, sans doute grâce à cette notion de surenchère d'un camp sur l'autre. Le but de chacun reste néanmoins de s'arrêter le plus tôt possible, car les levées réalisées rapportent autant, qu'elles aient été annoncées ou non.

La marque évolue : comme au whist, seules les levées à partir de la septième rapportent des points et une partie se joue en deux manches (la valeur des levées dépend de la couleur d'atout comme ceci : 6, 7, 8, 9 et 10 points suivant que l'atout est, respectivement, Trèfle, Carreau, Cœur, Pique et Sans-Atout ; la manche est à 30 points), les manches rapportent des primes, comme les chelems, les primes d'honneurs sont introduites et l'on ne peut plus contrer ou surcontrer qu'une seule fois le même contrat.

La marque : « plafond » et « contrat »

Deux innovations majeures vont intervenir. La première apparaît en France, vers 1920, avec le « bridge-plafond » : c'est le principe selon lequel seules les levées demandées comptent pour la manche2. Cette innovation est fondamentale : elle a pour conséquence de conduire un camp à adapter la hauteur du contrat à la force qu'il détient, même s'il n'y est pas poussé par ses adversaires. Mais le chelem rapporte une prime dès qu'il est réalisé, qu'il fût demandé ou non3.

C'est sous cette forme que le bridge se popularise en France.

Les règles précises qui régissent le bridge-contrat, tel qu'il est encore joué aujourd'hui, sont l'œuvre d'un seul homme. Le yachtsman milliardaire américain Harold Stirling « Mike » Vanderbilt (1884-1970 ; vainqueur, en voile, trois fois d'affilée de la fameuse Coupe America, en 1930, 1934 et 1937) les fixe en 19254. Il invente d'un seul coup la vulnérabilité, les primes de manche et de chelem que nous utilisons encore aujourd'hui, et tout le système de marque qui permet les sacrifices avantageux. Les enchères deviennent beaucoup plus animées, car chaque camp peut prétendre à un objectif à la mesure de la force qu'il détient et la part du hasard est réduite. En quelques années, le bridge-contrat va devenir le jeu de cartes le plus pratiqué au monde.

Le grand nom des années trente fut Ely Culbertson qui développa, dans son « Blue Book », 1929, des méthodes d'évaluation des mains et des systèmes d'enchères5. On lui doit des parties-exhibitions retentissantes, d'abord contre des tenants d'autres méthodes (1930)6, ensuite, en bridge-plafond ! contre des Français réfractaires au bridge-contrat (1932)7.

Mais le « Contrat » fait son chemin en Europe également et des Championnats d'Europe y sont organisés à partir de 1932. En 1935, la France y envoie sa meilleure équipe8, qui l'emporte et sera invitée à disputer un match de trois cents donnes contre la meilleure équipe américaine du moment, surnommée les « Four Aces »9, au Madison Square Garden, à New-York, en 1936, pour un virtuel championnat du monde : courte défaite, 2810 points totaux, des Français, quand l'on prédisait, en Amérique, plus de dix mille points.

Le premier Championnat du monde se déroule à Budapest en 1937. L'Autriche bat les Culbertson en finale10.

Devant ce succès, des structures nationales et internationales se mettent en place :

L'après-guerre est dominé, en Europe, par les Anglais11, avec Suédois12 et Italiens pour dauphins ; suivent les Hollandais et les Français. Les Suisses13 viendront se mêler aux débats vers le milieu des années cinquante, comme Canadiens et Australiens au plan mondial.

Les Américains envoient aux trois premiers Championnats du monde14 une équipe redoutable, surnommée les « World Champs »15 (qui succède aux « Four Aces » des années 1930-1935), et l'emportent lors des trois premières éditions (1950-1953)16.

Les World Champs ne gagneront pas la sélection interne pour l'édition 1954 de Monaco, mais cela ne suffira pas à la France, Championne d'Europe à Helsinki, bien que renforcée par une paire étrangère, le Suisse Jean Besse et l'Autrichien Schneider, pour l'emporter17.

L'Angleterre battra enfin les Américains, en 1955 (son unique titre mondial).

Puis la France18, encore championne d'Europe en Amsterdam19, vaincra à son tour les World Champs, à Paris, en 1956 (premier titre pour la France ; il faudra attendre 1997, à Hammamet, pour le second).

L'hégémonie italienne et son règne sans partage vont commencer : de 1957 à 1969, le « Blue Team »20 va remporter dix Bermuda Bowls d'affilée ! Il décidera d'arrêter les compétitions de ce niveau en 1968, non sans l'emporter une dernière fois, en 1969, à Rio, contre, en finale, une équipe... chinoise !21

Les années suivantes seront donc celles des « As de Dallas »22. Quand ils rentreront de Stockholm, en 1970, avec une couronne perdue depuis quinze ans, Kaplan, sur la couverture du Bridge World Magazine, titrera, en grosses majuscules : « AT LAST » !

Deux titres américains (1970 et 1971), puis encore trois titre italiens (1973-1975), puis sept titres américains d'affilée. L'on trouvera tous les titres sous ce lien et encore divers détails historiques sous cette note.23

La suite n'est déjà plus de l'histoire.

Les nations et leurs titres : (octobre 2007)

USA : 17 titres
Italie : 14 titres
France : 2 titres (1956 et 199724)
Norvège : 1 titre (2007)
Pays-Bas : 1 titre (1993)
Islande : 1 titre (1991)
Brésil : 1 titre (1989)
Angleterre : 1 titre (1955)

Antépénultième Bermuda Bowl : à Monaco, du 2 au 15 novembre 2003, 22 équipes qualifiées (l'Italie, l'Espagne, la Norvège, la Bulgarie et la Suède pour l'Europe ; 18 en Venice Cup et 20 en Seniors Bowl). USA I25 remporte la finale contre Italie par 304 à 303 IMP's ! après 128 donnes !

Avant-dernière Bermuda Bowl : à Estoril, Portugal, du 22 octobre au 5 novembre 2005, 22 équipes qualifiées (Angleterre, Italie, Pays-Bas, Pologne, Russie et Suède pour la région Europe). Revanche de l'Italie qui bat, en finale, USA I26 268 à 250.

Dernière BB à Shanghaï, du 29 septembre au 13 octobre 2007, 22 équipes qualifiées (Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Rèpublique d'Irlande et Suède pour la région Europe). La Norvège emporte son premier titre en battant USA par 334 à 245 en 128 donnes !

Les Champions d'Europe depuis 1983 :
1983 : France(Suisse 21e sur 24)
1985 : Autriche(France 3e, Suisse 14e/21)
1987 : Suède(F 7e, CH 21e/23)
1989 : Pologne(F 2e, CH 24e/25)
1991 : Angleterre27(F 8e, CH 21e/26)
1993 : Pologne(F 7e, CH 23e/30)
1995 : Italie(F 2e, CH 30e/32)
1997 : Italie(F 5e, CH 31e/35)
1999 : Italie(F 5e, CH 30e/37)
2001 : Italie(F 7e, CH 32e/35)
2002 : Italie(F 10e, CH 32e/38)
2004 : Italie(F 10e, CH 23e/33)
2006 : Italie(F 8e, CH 26e/33)
2008 : Norvège !(F 10e ex, CH 25e/37)

Ces Italiens qui raflent tout (l'équipe d'août 2006, les champions 2005)  :

Ce titre est toujours venu récompenser une équipe de premier plan (par exemple, les deux titres de la Pologne ne furent pas une surprise). La Norvège et les Pays-Bas l'auraient également mérité ; peut-être aussi le Damemark, l'Allemagne et la Bulgarie.

Dans ce concert, on le voit ci-dessus, la Suisse fait pâle figure, malgré que, dans les années d'après guerre et jusqu'en 1975, elle obtînt régulièrement de très honorables résultats28 et fût considérée comme un redoutable outsider, toujours capable de battre les meilleurs...

Les Pays-Bas sont le pays où le bridge de compétition est, relativement (16 millions d'habitants), le plus pratiqué (le pays européen qui compte —  en valeur absolue ! — le plus d'affiliés à la WBF), suivi de près, toujours en chiffres relatifs, de la Nouvelle-Zélande (3 millions et demi d'habitants) et du Danemark :

Nombre de membres affiliés à la WBF :
(listes inachevées, mais sans trou)
Europe
 Reste du Monde
Pays-Bas100'000 Etats-Unis150'000
France90'000 Chine50'000
Italie35'000 Australie30'000
Angleterre30'000 Nlle-Zélande20'000
Allemagne30'000 Canada17'000
Danemark25'000 Inde13'000
Suède17'000 Japon7'000
Norvège13'000 Indonésie6'000
Belgique10'000 Taïwan2'500
Ecosse10'000   
Pologne8'000   
Israël5'000   
Suisse4'000   
 
Classement relatif

en nombre d'affiliés WBF
sur 1750 habitants
Pays-Bas11
Nouvelle-Zélande10
Danemark 8
Norvège 5
Suède 3,3
Australie 3
France 2,7
Belgique 1,8
Israël 1,5
Royaume-Uni 1,3
Italie 1
Etats-Unis 1
Canada 1
Suisse 1

La Suisse, relativement : onze fois moins qu'aux Pays-Bas et en Nouvelle-Zélande ! et trois fois moins qu'en France ; mais comme aux Etats-Unis. Le faible nombre relatif d'américains affiliés s'explique peut-être que le bridge y est le « jeu des familles », comme le jass chez nous, tandis que la plupart des joueurs européens sont membres d'un club, donc affiliés à leur fédération nationale, puis européenne et enfin mondiale

Total mondial : Plus de 700'000 affiliés dans 125 Etats

Sources :

(top)

mh / mars 2003
(m. à j. juin 2009)
Autres
Documents
Fermer  Fermer